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Section du Lot et Garonne

Un Arpète à l'Honneur

C'est en petit comité et porteurs de masque que les invités de l'Union Fédérale Agenaise AC-UG ont assisté à la remise de la Croix de chevalier de la Légion d'honneur à monsieur Georges SOLANGE, le mardi 25 août 2020 à Pont-du-Casse, chez monsieur Cédril PEBERAT, traiteur à Cassou.

Le drapeau du comité d'Agen de la SMLH, celui des médaillés militaires et quatre autres drapeaux d'anciens combattants du Lot-et-Garonne rehaussaient l'éclat de cette cérémonie à laquelle assistaient madame Nadine LABOURDERIE, maire de Sauvagnas (où réside le récipiendaire) et monsieur Christian DELBREL, maire de Pont-du-Casse.

Monsieur Étienne QUATRELIVRE, ayant reçu délégation du Grand Chancelier de la Légion d'honneur, a rappelé le parcours remarquable de Georges SOLANGE :

«Né le 2 Juillet 1937, à Pau, ton papa est militaire dans l'Armée de l'Air.
Le 4 octobre 1953, tu intègres la 14ème promotion des apprentis mécaniciens de l'Armée de l'Air sur la Base École de Saintes.
C'est dans ce creuset que se sont développées tes qualités humaines de rigueur dans le travail, de conscience professionnelle avec un peu d'irrévérence et d'esprit frondeur, d'entraide et de camaraderie qui caractérisent les "arpètes".
Après deux années de scolarité, tu entres à la base de Rochefort où tu es breveté mécanicien avion/cellule et affecté au printemps 1956 à la Base Aérienne 118 de Mont de Marsan, au Centre d'Expérimentation Aérienne Militaire (CEAM) dont les mauvaises langues, les envieux, disent que c'est le Centre d'Émerveillement et d'Admiration Mutuelle...
Tu travailles sur « Vautour » et, à ce titre, tu verras passer de nombreuses délégations étrangères venues voir ce bel « oiseau ». Tes compétences techniques sont reconnues, tu es nommé sergent.C'est à Boufarik, à partir du 27 février 1957, puis à La Réghaia que, mécanicien en équipage, tu participes activement à l'activité opérationnelle. Tu effectueras au total 805 heures et 20 minutes de vol dont 669 heures et 55 minutes en 703 missions opérationnelles. Cela te vaut d'être décoré de la Valeur Militaire avec deux citations à l'ordre de l'Armée de l'Air.
La citation du 11 Septembre 1959 pour ta première palme, stipule : «Le 13 août 1958, en effectuant, dans le secteur de Dra-el-Mizan, l'évacuation sanitaire de 4 blessés graves dans des circonstances particulièrement mouvementées. Procédant à l'embarquement des blessés et pris à partie par un tir d'armes automatiques qui tua l'un des brancardiers à ses côtés, la DZ soumise alors à un violent assaut des rebelles, il décida de rester au sol pendant la première rotation pour faciliter le décollage en charge. Fait ensuite le coup de feu contre l'ennemi prêtant son concours au groupe de protection qui perd encore un homme avant de repousser les H.L.L. A assuré, par radio, le guidage de l'appareil au cours du second posé.»
Dans la citation de ta deuxième palme du 30 Juin 1960, il est écrit : «Le 20 Septembre 1959, au cours d'une évacuation sanitaire dans le secteur Sud de Damiette en enlevant 2 blessés d'une unité au corps à corps. Malgré la proximité du combat, fit preuve de courage et de sang froid en ramenant seul les blessés à l'appareil qui fut sérieusement touché pendant le chargement.»
Pour tes 121 évacuations sanitaires de 140 blessés, tu reçois la médaille d'Honneur du Service de Santé, le 12 Août 1959. Tu es d'ailleurs le premier mécanicien de l'Escadron à recevoir cette récompense. Cette décoration est celle dont nous pouvons être le plus fier, car elle témoigne et justifie notre action en Algérie.
Le décret du 6 août 1965 te concède la Médaille Militaire. Les textes de tes citations parlent d'eux-mêmes. Il n'est nul besoin d'expliquer ici les difficultés et les dangers de cet exercice souvent plein de surprises et parfois périlleux. En complet accord avec nos pilotes, nous nous faisions une obligation d'évacuer les blessés quelles que soient les difficultés. Rappelle-toi les consignes : «Mettez vos gilets pare-balles, çà tire !».
C'est dans ce creuset que s'est forgé l'amitié liant mécaniciens et pilotes. Elle se perpétue maintenant dans l'Association des anciens des Hélicoptères Air (AHA). Je veux ici évoquer ici le souvenir des 73 membres d'équipage qui ont disparus en Algérie dont deux de nos camarades proches :
- Robert SCHARF, tué le 21 février 1958 au cours de la deuxième rotation d'une évacuation sanitaire, les troupes amies ayant été obligées de décrocher. Le pilote, bien que blessé, a réussi à se faufiler à travers la végétation et à retrouver les fantassins
- Henri CATRIN (dit « Cacane »), mort le 29 août 1960, en service aérien commandé sur H34.
Le premier moment de peine et de désarroi passé, le coeur gros, chacun reprenait le collier. En pleine jeunesse, on se croit invulnérable : «Ce n'est pas pour moi !»
Je pense aussi à quelques camarades mécaniciens qui nous ont quittés : Pierre FAUREL, Jean-Pierre NAUJAC, Louis RIVAUX (« Croc d'alu ») et Gérard FARGES (« Nounouche ») ainsi que les pilotes Pierre SZEPANSKI (dit « CZ »), Mimile FAUROUX et Pierre AUTIN, entre autres.
Comme en témoigne ton certificat de bonne conduite du 14 Novembre 1960, après plus de quarante-cinq mois de présence ininterrompue, tu quittes l'Algérie et le service actif.
Cependant l'atmosphère de la métropole ne te convient pas. L'Afrique te manque et, sur un coup de bluff, tu entres comme technicien diesel à la société de transport (MIFERMA) qui met en oeuvre le train le plus long et lourd du monde en Mauritanie pour le transport du minerai de fer de la mine de ZOUERATE jusqu'au port de NOUADHIBOU. Tu en deviendras le responsable technique.
Tu te maries avec Maryvonne. Vous aurez trois filles : Corinne, Véronique et Caroline.
Tu prends ta retraite en août 1997 mais, tu as besoin d'action. Avec ton épouse, vous créez un gîte / maison d'hôtes que vous gérez encore à l'heure actuelle.
Pendant quelques mois, nous avons partagé la même chambre à Boufarik. Bien que nous n'ayons pas été très souvent ensemble du fait de nos détachements respectifs, dès que nous nous revoyions nous sommes en phase, en osmose.
L'amitié profonde qui nous lie, scellée par les dangers partagés, fait qu'aujourd'hui tu as pensé à moi pour te remettre cette "belle rouge". Je veux te dire mon plaisir et ma fierté, car c'est pour moi un grand honneur de te remettre aujourd'hui la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur. Nous en connaissons tous les deux le prix.

Le Médecin Général Valérie ANDRÉ avec qui tu as volé, m'a fait parvenir ce petit mot : « Bonjour Monsieur SOLANGE, Je viens d'apprendre votre nomination dans l'Ordre de la Légion d'Honneur et tiens à vous féliciter très chaleureusement pour cette reconnaissance amplement méritée. Croyez que le 1er Avril, j'aurais une pensée amicale envers vous et regrette de ne pouvoir y assister. En vous renouvelant mes félicitations. Bien cordialement.Valérie ANDRÉ». (n.b. : initialement la cérémonie était prévue le 1er avril...)

Pour terminer, un ancien Grand Maître de la Légion d'Honneur a écrit : «Une croix blanche, suspendue à un ruban rouge, qui rassemble toutes celles et tous ceux dont les services éminents font la fierté de la France. Une croix banche et un ruban rouge qui désignent l'excellence au service du pays. Une petite croix au ruban rouge dont la résonance est universelle, car elle distingue une élite de femmes et d'hommes qui, par leur courage, leur intelligence, leur dévouement et leur générosité, bâtissent, jour après jour et chacun dans leur domaine, l'avenir de la France.». Voilà ce que représente la Légion d'Honneur. »

Monsieur Étienne QUATRELIVRE a ensuite procédé à la remise des insignes de chevalier de la Légion d'honneur à monsieur Georges SOLANGE.


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