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Section du Lot et Garonne

Nicole TRAMOND s'est éteinte à Clairac le dimanche 8 novembre 2020 et ses obsèques ont eu lieu le 20 novembre en petit comité en raison du confinement.

Issue d'une famille d'officiers et de serviteurs de l'État, c'était une personnalité rayonnante et reconnue de notre département.
A Clairac, sa chère ville, elle avait pris sa retraite en 2002, revenant à ses racines familiales, après une carrière placée sous le signe de la mobilité internationale.
Elle était active et unanimement appréciée au sein de la SMLH et en particulier au sein de son comité dont le drapeau, présent à la cérémonie, a rendu hommage à une de ses éminentes adhérente.

Nicole est née à Nice en 1937. Son enfance est marquée par le traumatisme de la seconde guerre mondiale. Son père, Jacques TRAMOND, Saint-Cyrien, Capitaine d'infanterie, meurt en novembre 1943 des suites d'une tuberculose contractée en service au Proche-Orient. Orpheline à 6 ans, Nicole est déclarée «pupille de la Nation». Elle est accueillie avec Gérard, son jeune frère, dans une congrégation religieuse dirigée par sa tante, à Saint Étienne dans la Loire. Elle y commence ses études puis effectue des séjours - nombreux et heureux - à Clairac, «au Sinange», chez sa grand-mère. Plus tard, elle étudie à Agen, à Tours puis à Paris où elle suit les cours de langues à l'Institut catholique. Titulaire d'une licence d'espagnol, elle obtient son diplôme d'interprétariat en 1961.

Elle débute sa carrière au sein du Ministère des Affaires Étrangères en janvier 1964 avec un premier poste au service de presse de l'ambassade de France à Madrid. Elle y traduit la presse espagnole puis est chargée des relations avec les media espagnols. Poursuivant simultanément sa formation, elle suit par correspondance la préparation d'un concours interne qui lui permet de devenir «secrétaire de chancellerie» du ministère.

En 1974, elle obtient son premier poste diplomatique à l'étranger : elle est vice-consul de France au Guatemala. Tremblements de terre, prises d'otages, Nicole se trouve déjà confrontée à la gestion de crise qui sera un des traits saillants de sa carrière.

En 1976, à son retour à Paris, elle est intégrée à la direction du Personnel et de l'Administration générale du ministère. Mue par une ardente volonté de progresser, elle suit les cours de Sciences-Po.

Affectée en 1978 à l'ambassade de France à Cuba, elle y passe trois années très riches qui marqueront sa vie professionnelle. Elle observe avec passion l'évolution d'un pays qualifié à l'époque de « non aligné et turbulent ».

En 1981, elle est affectée à Tunis et exerce pendant 4 années la fonction de consul adjoint. Elle y est particulièrement attentive aux droits des femmes et traite de dossiers sensibles notamment ceux des enfants binationaux retenus de force en Tunisie. Elle y est aussi témoin d'émeutes de la faim et d'une grave crise sécuritaire.

De retour en France, elle sert à nouveau à la direction du Personnel et de l'Administration générale du ministère de 1985 à 1989, année où elle est nommée consul général adjoint de France à Londres.

Ensuite, en 1993, le quai d'Orsay, valorisant son expertise de la zone hispanophone, la nomme consul général de France à Bilbao, au pays basque espagnol. C'est une époque tendue où des membres de l'organisation terroriste ETA sont poursuivis et jugés en France.

Réaffectée à Paris, elle sert, de 1996 à 1999, à la très sensible «direction de la sécurité et de la protection des personnes au service des français à l'étranger». Elle y est sous-directrice, et très impliquée dans la gestion des multiples crises internationales touchant nos concitoyens à l'étranger.

Son engagement sans compter est alors récompensé par la Croix de chevalier de la Légion d'honneur.

En 1999, Jacques Chirac, Président de la république, la nomme ambassadeur de France au Costa-Rica. Dans ce pays d'Amérique centrale, elle exerce aussi la Présidence des chefs de mission de l'Union européenne. En 2001, elle est faite commandeur de l'ordre national du Mérite, distinction soulignant sa remarquable carrière aux Affaires Étrangères. Ce poste d'ambassadeur au Costa Rica est le point d'orgue de sa belle carrière diplomatique puisqu'elle prend une retraite bien méritée à 65 ans en novembre 2002.

Le parcours de Nicole TRAMOND aux Affaires Étrangères est marqué par son engagement personnel. Par son travail, sa rigueur, son calme et surtout ses très solides valeurs morales, elle y gravit «par le rang» comme disent les militaires, tous les échelons diplomatiques et consulaires dans un milieu alors peu féminisé, de ses débuts comme jeune traductrice jusqu'à la fonction d'Ambassadeur, chargée de représenter la France !

Installée à Clairac, proche des siens et blottie sous la tour-clocher de la vieille abbaye bénédictine du XIème siècle, elle s'investit dans la vie locale, avec simplicité et disponibilité. Très spirituelle et au service des autres, elle s'engage pleinement, dans la vie de sa paroisse. Ici, sa «force joyeuse» a marqué tous ses interlocuteurs.

On ne peut évoquer Nicole TRAMOND sans citer son goût pour l'Espagne. Elle y a été plusieurs fois en poste et y est retourné lors de sa retraite. Elle écrit au soir de sa vie : «J'ai beaucoup aimé l'Espagne, ses paysages, ses villes, ses monuments, ses musées, son folklore, ses processions de la Semaine Sainte, ses corridas et son flamenco, et la gaîté de ses habitants. Aucun pays, je crois, n'a suscité chez moi autant de passion et de joies, de peines aussi, mais j'y ai vécu pleinement».

Au sein de la société des membres de la Légion d'honneur, elle était une force de proposition faisant preuve en toutes circonstances d'une grande disponibilité et d'une remarquable efficacité. C'est ainsi qu'en 2016, elle nous avait proposé d'organiser une conférence sur le Costa Rica. Grâce à elle, nous avions pu accueillir dans notre beau département, l'ambassadeur de ce pays, monsieur Gabriel Macaya-Trejos auquel elle avait remis la Croix de chevalier de la Légion d'honneur quelques années auparavant.

De même, lorsque je lui avais indiqué que le président national de la SMLH, l'amiral Alain Coldefy venait nous rendre visite en Lot-et-Garonne en avril 2019, et souhaitait se rendre à Clairac sur les lieux où l'école navale s'était brièvement installée pendant la guerre, elle avait aussitôt pris les contacts nécessaires pour que l'organisation de cette visite soit une parfaite réussite. Toujours élégante et souriante, discrète et chaleureuse, elle nous avait guidé dans Clairac en toute simplicité, nous ouvrant les endroits les plus charmants avec la complicité de ses amis et relations clairacaises.

Outre sa Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur et sa Cravate de Commandeur de l'Ordre National du Mérite, Nicole TRAMOND avait été reçue dans l'ordre du Mérite espagnol, ruban de «Dame» et dans l'ordre de Saint Raymond de Penafort (ministère de la Justice espagnol).

(Photos 1 à 4 © Paul Nick, photo 5 © Jean Escodo)


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