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Section du Lot et Garonne

Photographie de la dernière activité

In Memoriam

Le chef de bataillon (h) Serge FANTINEL nous a quitté le 6 mars 2017. Quel plus bel hommage pourrions-nous lui rendre que de lui donner une dernière fois la parole, au travers du récit qu'il faisait de la bataille de Dien-Bien-Phu ?

Fantassin à DIEN-BIEN-PHU par le chef de bataillon (h) Serge FANTINEL

« Au début de l'année 1954, j'étais en Indochine depuis un an au 1er Bon du 4éme Rgt de Tirailleurs marocains. Sergent, j'avais été affecté à la 2éme Cie et avait reçu le commandement de la section mortiers, mitrailleuses et engins composée de 25 marocains.
Le 15 janvier 1954, je me retrouve sur la position baptisée Eliane 2.
La 2éme Cie sort souvent avec pour objectif d'assurer la sécurité du dispositif. Le 4 février, nous tombons dans une embuscade au cours de laquelle le Lt GAUQUELIN est grièvement blessé. Fort heureusement, le médecin PREMILLIEU pourra le faire évacuer à l'Hôpital LANESSAN à Hanoï. Quelques jours après, c'est avec joie que nous apprîmes que sa vie était sauvée.
Pendant les semaines qui suivent, nos positions sont harcelées par l'artillerie et les mortiers Vietminh. Ma section ne compte plus que 16 hommes.
Le 30 mars au soir, les Viets déclenchent une préparation d'artillerie et montent à l'assaut. Avec l'appui de notre artillerie, nous repoussons leur choc frontal. Le matin du 31, aux créneaux de ma section il n'y a plus qu'un caporal et six tirailleurs. La Cie du 1er BEP du Lt LUCIANI a perdu les 4/5 de ses effectifs. Je suis grièvement blessé. Fiévreux et à demi paralysé, je garde et garderai toujours, jusqu'à la chute de Dien-Bien-Phu, le commandement de ma section.
Le lendemain au soir, les Viets remettent ça. Obus, assauts, hurlements, corps à corps sont notre lot. Une partie de la ligne de feu est submergée. Voyant cela, le Cne NICOD, mon nouveau commandant de compagnie, donne l'assaut comme un éclair avec une vingtaine de tirailleurs tenus en réserve. La situation est rétablie et les blessés, dont je suis, peuvent être récupérés. Le renfort de la Cie du Cne BIENVAULT du 1er BEP a été précieux. Avec ces braves légionnaires et ces braves marocains, nous avons tenu.
Qu'importe le prix : la France est là qui nous regarde !
Notre chef de corps, le chef de bataillon NICOLAS, était à nos côtés. Le DLO ayant été tué, c'est le Cne LACROSE, commandant de la CCAS et adjoint au chef de corps, qui l'a remplacé avec efficacité, gérant les feux des batteries de 105 et de 155 et des 12 mortiers de 120. Blessé, perdant son sang, il resta glacial dans la tourmente et réussit par ses feux à sauver Eliane 2 de la submersion par les fourmis viets et nous avons fait le reste en mêlée.
Le 1er avril, le Cne BIENVAULT est reparti avec la vingtaine de légionnaires survivants. Il ne restait, après ces deux nuits, qu'une quarantaine de tirailleurs dans ma compagnie. Ma propre section se réduisait à 1 caporal et 4 marocains. Quant aux 2 grosses sections prélevées sur la CCAS, formées surtout de tirailleurs anciens de la Campagne d'Italie de 1943-1944, elles aussi avaient disparu dans les flammes.
Ensuite, ma section fut renforcée, notamment avec des marocains déjà blessés.
Le 27 avril, j'ai été encore blessé, et de nombreux marocains eux aussi blessés ont continué le combat avec moi, jusqu'à la fin.
Le 7 mai, sur ordre, nous avons détruit nos armes. Vers 17 heures, les Viets sont arrivés et nous avons levés les bras, sauf le Cne NICOD. Ce que voyant, un Viet refit les sommations et arma son pistolet-mitrailleur. Le Cne NICOD resta les bras ballants, mais le Viet n'osa pas tirer. Nous étions tous blêmes
Quant à moi, je suis toujours avec les derniers survivants de ma section, c'est-à-dire 1 caporal et 2 tirailleurs sur les 25 arrivés à Dien-Bien-Phu quatre mois auparavant. Ainsi s'est terminée la geste de la 2éme Cie et de ma section.
Nous n'avons pas été les seuls à mener le combat jusqu'au sacrifice final, mais qui s'en souvient aujourd'hui ? Durant cette guerre, on mourait en Indochine dans l'indifférence générale.
Blessé, avec des plaies infectées, j'ai été libéré et c'est en évacué sanitaire que j'ai été envoyé dans le delta du Tonkin avant mon rapatriement en France. La baraka m'avait permis de survivre. »


Le chef de bataillon (h) Serge FANTINEL, alors sergent, fut promu sergent chef au feu à Dien-Bien-Phu le 1er mai 1954 et se vit attribuer le 5 mai la Médaille militaire et la Croix de guerre des TOE avec palme. Il était commandeur de la Légion d'honneur depuis 2008.


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